vendredi 8 décembre 2017

Une fille, qui danse

Julian Barnes








  • Broché: 208 pages
  • Editeur : Mercure de France (10 janvier 2013)
  • Collection : Bibliothèque étrangère
  • Langue : Anglais
  • Traduction (Anglais) : Jean-Pierre Aoustin
  • ISBN-10: 2715232497
  • ISBN-13: 978-2715232495






C’est l’image d’un pont que m’évoque ce récit. Les deux piliers sont reliés par la passerelle aléatoire de la mémoire, infidèle et affabulatrice. 
C’est une lettre officielle, adressée au narrateur sexagénaire, qui vient perturber son quotidien tranquille et monotone. Il est en effet légataire de la mère de Veronica, une petite amie sulfureuse et compliquée, fréquentée au cours de son adolescence. 
C’est toute la fougue et la passion de ces années de jeunesse qui remonte à la surface, ainsi que les questions restées sans réponse : pourquoi Adrian, l’ami brillant et fantastique s’est-il suicidé après avoir eu une relation avec la même Veronica?
De souvenirs en suppositions, d’hypothèses en fulgurances, c’est l’édifice bancal de ces années décisives qui façonnent le destin irrémédiablement que nous relate Tony. 

Le temps qui passe est le fil conducteur du récit :

« Il suffit du moindre plaisir ou de la moindre peine pour nous faire prendre conscience de la malléabilité du temps. Certaines émotions l'accélèrent, d'autres le ralentissent ; parfois, il semble disparaître – jusqu’à instant fatal où il disparaît vraiment, pour ne jamais revenir. »

Le constat est amer : les erreurs passées n’offrent pas de seconde chance. Cependant, il est probable que l’avénement de la vérité constitue une sorte de catharsis qui pourrait apaiser  les tourments  de la fin du parcours. Si tant est que la vérité soit réellement révélée (les révélations ultimes n’expliquent pas totalement le sens du legs).


Aucune prétention dans le style : l’intrigue est le support de révélations et de confidences qui semblent sincères. Pas d’apitoiement non plus, juste la connotation d’une irréversibilité des choses, et de l’issue fatale, d’un chemin que l’on tente d’embellir au prix d’un fardeau d’autant plus lourd qu’il reste ignoré.



Combien de fois racontons-nous notre propre histoire?

Combien de fois ajustons-nous, embellissons -nous, coupons-nous en douce ici ou là? Et plus on avance en âge, plus rares sont ceux qui peuvent contester notre version, nous rappeler que cette vie n'est pas notre vie, mais l'histoire que nous avons racontée au sujet de notre vie.Racontée aux autres, mais --- surtout --- à nous même.


*

Un anglais a dit que le mariage est un long repas terne, où le dessert est servi en premier.




vendredi 1 décembre 2017

Frappe-toi le coeur

Amélie Nothomb







  • Broché: 180 pages
  • Editeur : Albin Michel (23 août 2017)
  • Collection : A.M. ROM.FRANC
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 222639916X
  • ISBN-13: 978-2226399168









Histoire de mère, de filles, de rendez-vous ratés, d’incompréhension, plantés ça et là dans un récit qui emprunte à la forme des contes classiques

La construction est peu originale : on suit les générations qui héritent inexorablement des bévues des précédentes, les personnages sont successivement abandonnés au profit de leur descendance : tout cela crée un climat peu propice à l’attachement, d’autant que les portraits sont taillés à la hache, sans nuance et avec très peu d’affects. Si ce style marchait parfaitement dans les romans du début de l’ère Nothomb, Métaphysique des tubes ou Stupeur et tremblements, c’est ici beaucoup moins efficace.

A distance de la lecture (à peine une dizaine de jours), il ne m’en reste déjà qu’une vague impression globale, rien ne vient éveiller des faits marquants dans ma mémoire. On a beaucoup parlé de jalousie comme thème central, il me semble plutôt avoir eu affaire à des personnages très auto-centrés et mus par un objectif unique : paraître. Autobiographique? : 

"Quelle merveille ce champagne! Du Deutz? Oui, je le reconnaitrais entre mille. Je dis toujours que le but de la vie, c'est de boire de grands champagnes".


Amélie Nothomb est elle-même un personnage de roman, aux apparitions rythmées par la rentrée de septembre. Le style est très personnel, mais le style ne fait pas tout. Le cru 2017 ne fera pas parti des millésimes exceptionnels.



Quelle merveille ce champagne! Du Deutz? Oui, je le reconnaitrais entre mille. Je dis toujours que le but de la vie, c'est de boire de grands champagnes

*

« Soyez économe de votre mépris , il y a beaucoup de nécessiteux » ; Olivia n’avait pas besoin d’obéir au fabuleux précepte de Chateaubriand parce qu’elle regorgeait de mépris. Elle pouvait le distribuer en prodigue, Il lui en resterait toujours.



vendredi 24 novembre 2017

L'art de la quiétude

Véronique Aïache






  • Poche: 224 pages
  • Editeur : FLAMMARION (4 octobre 2017)
  • Collection : BIEN-ETRE
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2081416336
  • ISBN-13: 978-2081416338










Thé, livre, chat : mots-clés du bien être? C’est ce qu’argumente Véronique Aïache tout au long de ce court texte, qui mêle l’histoire, la philosophie et les préceptes du bien-être lié à l’introspection. En se centrant sur ce petit animal qui s’installe chez nous, tolérant notre présence dans cet espace qu’il a fait sien, à condition que croquettes et sardines en gelée soient distribués régulièrement.  
Ce n’est pas ce tempérament profiteur qui est mis ici en valeur, mais plutôt cette capacité à nous apaiser, pour peu que l’on apprécie ces miniatures de félin. Il suffit d’observer l’animal : il semble être l’incarnation de la sagesse, déambulant dans un silence feutré. Il incarne le culte de l’instant présent : pas d’anticipation, retour sur le passé uniquement pour se souvenir d’expériences passées et en tirer les leçons, pas pour le refaire en boucle. 
Enfin une recommandation ultime, la ronronthérapie, qui par ses basses fréquences est censée entrainer une sécrétion de sérotonine , l’hormone du bonheur. Le chat , altruiste? Que nenni, si ce ronron nous est bénéfique, le chat l’utilise en premier lieu pour lui-même exprimant son bien-être …ou sa souffrance dans une sorte d’auto-médication.

Alors le chat? Sournois sale, égoïste, profiteur? ou serein, sage, généreux, et inducteur d’immunité? Gageons que les lecteurs décidant de prendre connaissance avec l’ouvrage ont déjà choisi leur camps puis longtemps, et n’y cherchent qu’une confirmation de leur ressenti.


Ce livre, généreusement offert par Babelio et Flammarion que je remercie, est hélas indemne d’empreintes félines, puisque mes deux chats nous ont quittés à l’âge vénérable (en étaient-ils plus sages) de 17 et 19 ans.




Qu'importe finalement comment et par qui la méditation a été instaurée. L'essentiel est d'en comprendre les mécanismes et les bienfaits qui légitiment son universalité. L'essentiel est de savoir pourquoi nos amis à moustaches lui sont à ce point favorables.

*

Maintenant, si l'épuisement et le stress vous étreignent, vous pouvez aussi vous allonger confortablement, dans le silence, et attendre que minou vienne s'installer de tout son long entre votre ventre et votre plexus solaire. Dès qu'il commence à ronronner, fermez les yeux, et tâchez de calquer votre respiration sur le rythme de son ronron. Cinq minutes plus tard, vous sentirez les tensions de votre corps se relâcher. Votre esprit quant à lui, occupé à écouter la mélodie vrombissante, emboîtera le pas comme il peut lui arriver de le faire lors d'une séance de méditation.
Si vous avez la chance que la séance se prolonge vingt minutes, vous vous rendrez compte en ouvrant les yeux que votre chat vous a profondément apaisé, au point de vous conduite à l'endormissement.

vendredi 17 novembre 2017

Les délices de Tokyo

Durian Sukegawa





  • Broché: 240 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL (3 février 2016)
  • Collection : LITT.GENERALE
  • Langue : Français
  • Traduction (Japonais) : Myriam Dartois-Ako
  • ISBN-10: 2226322884
  • ISBN-13: 978-2226322883











La magie de ce court roman, c’est que même si on déteste la pâte de haricots rouges japonaise, le An, on a presqu’envie de retenter l’expérience après avoir tourné la dernière page!
C’est bref mais riche en évocations sensorielles, de celles qui suscitent des émotions positives. De l’odeur de la pâte qui cuit doucement, domptée par la technique de Tokue, au délicat parfum des pétales du cerisier, qui scande le passage des saisons, en passant par l’émerveillement de Sentarô qui découvre les arômes qui résulte d’une technique patiente, tout est sensation, émotion, souvenir.
L’histoire prend la forme d’un conte moderne, Tokue n’est pas loin d’évoquer la sorcière, avec ses difformités , ses secrets et les mystères qu’elle fait de son passé, mais une sorcière bienveillante, voire une fée malicieuse. De celles qui portent en elles les richesses d’une époque révolue 

« S'il ne prenait pas la relève maintenant, la savoir-faire du Tokue disparaîtrait de ce monde. Et ce savoir-faire, c'était aussi la trace de l'existence d'une femme nommée Tokue Yoshii. »


Le lien qui se crée entre ses deux personnages si disparates, est aussi fort qu’improbable, si les hasards de la vie et la nécessité pour ces deux-là de modifier le tracé de leur destin ne les avaient pas réunis dans une aventure magique.
Mais malgré cette ambiance poétique à souhait, l’auteur soulève de graves questions, celles de l’exclusion, de la maladie , du temps qui passe, sans compassion le sens de la vie 

Mais de par le monde, il y a aussi des enfants dont la vie s'achève au bout d'à peine deux années. Alors, dans le chagrin, chacun s'interroge sur le sens de la naissance de cet enfant.
Maintenant, je sais. C'est sûrement pour qu'il puisse ressentir, à sa manière, le ciel, le vent et les mots. Le monde naît de la perception de cet enfant. Donc, la naissance de l'enfant aussi a bien un sens.

Le décor est résolument moderne, mais la fable est intemporelle.

Durian Sukewaga a su avec adresse utiliser ses deux casquettes, de philosophe et de pâtissier pour nous cocoter ces Délices, à savourer sans modération.





Mais de par le monde, il y a aussi des enfants dont la vie s'achève au bout d'à peine deux années. Alors, dans le chagrin, chacun s'interroge sur le sens de la naissance de cet enfant.
Maintenant, je sais. C'est sûrement pour qu'il puisse ressentir, à sa manière, le ciel, le vent et les mots. Le monde naît de la perception de cet enfant. Donc, la naissance de l'enfant aussi a bien un sens.


*

Voilà pourquoi je faisais de la pâtisserie. Je confectionne des mets dont je nourrissais ceux qui avaient accumulé les larmes. C'est ainsi que moi aussi, j'ai réussi à vivre.

*

Nous sommes nés pour regarder ce monde, pour l’écouter. C’est tout ce qu’il demande.







mercredi 15 novembre 2017

Mrs Creasy a disparu

Joanna Cannon







  • Broché: 416 pages
  • Editeur : HarperCollins (4 octobre 2017)
  • Collection : HarperCollins
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) :Alexandra Herscovici-Schiller
  • ISBN-13: 979-1033900443








Masse critique est une excellente occasion de découvrir des auteurs différents de ceux qui hantent avec une régularité de métronome les médias qui ont la bonté de nous informer de ce qui agite le monde littéraire. Ainsi premiers romans et littérature étrangère viennent à notre rencontre. C’est le cas pour Mrs Creasy a disparu puisque c’es le premier roman d’une psychiatre anglaise.

Le roman se déroule dans une rue ordinaire, et le lecteur sera baladé d’une maison à l’autre, souvent en compagnie de deux petites filles qui se prennent pour Fantomette tout en recherchant Dieu. Elle a des allures de Wisteria Lane ( haut lieu de huit années d’aventures tragi-comiques avec Bree, Lynette, Susan et Gabrielle, les ménagères désespérées), cette rue anglaise. Beaucoup de surveillance, de malentendus, d’hystérie collective :  tout cela faite terreau d’une situation potentiellement explosive, d’autant que la communauté a déjà vécu des épisodes peu glorieux quelques années auparavant. Il suffit alors qu’un événement nouveau survienne pour que les vieux démons renaissent de leurs cendres. Tout est dans le titre.

Ce qui fait l’originalité du roman est sa construction. Le lecteur doit s’armer de patience, car les faits qui constituent la trame de l’histoire sont révélés au compte goutte, et chaque élément nouveau amène souvent de nouvelles questions… Et il faut vraiment arriver à la fin pour comprendre  l’histoire. C’est l’art du suspens à son comble. Heureusement la compagnie des deux enfants apporte un peu de légèreté et d’humour à cette atmosphère pesante. 
A noter aussi un grand nombre de personnages, qui demande un effort de mémorisation au départ pour ne pas tout confondre.

C’est très agréablement écrit (et traduit). Le rôle des deux enfants est habilement exploité,  et la construction crée le désir de poursuivre. 


C’est donc une belle découverte dont je remercie Babelio et les éditions HarperCollins.




Ma mère disait que j'étais à un âge délicat. Comme je ne me sentais pas particulièrement délicate, j'en avais déduit que ça devait être délicat pour eux.

*

Plus on de bus, mieux c'est, disait-il. Ça protège. Ça nous a mis en retard, comment est-ce que ça peut nous porter chance? demandait Bryan en riant, mais John se rongeait les ongles et répondaient qu'ils n'avaient pas dû en voir assez.

*

Il est étrange de voir à quel point le pire jour d'une vie commence comme tous les autres. Au point qu' on se plaint quelquefois de sa banalité. Qu'on espère qu'il va se passer quelque chose d'intéressant qui rompra la routine, Et juste au moment où on se dit qu'on ne supportera plus cette monotonie une minute de plus on est frappé par une telle catastrophe qu'on regrette de tout cœur d'avoir été exaucé.

vendredi 10 novembre 2017

Moonjar Tome 1 et 2

Claude Calude






  • Broché: 332 pages
  • Editeur : Persée (3 mai 2017)
  • Collection : P.PERSEE LIVRES
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2823118209
  • ISBN-13: 978-2823118209












Une fois n’est pas coutume, c’est un gros coup de gueule que je viens partager!
Le titre énigmatique , vaguement exotique n’offrait pas beaucoup d’indications, la quatrième de couverture apportait quelques mots-clés plutôt engageants, un enfant sauvage, une histoire d’amitiés avec de possibles incursions  dans le fantastique et elle était correctement rédigée : la découverte se tentait.

Dès les premières pages, le doute s’installe : de toute évidence une relecture aurait permis les erreurs qu’il est difficile d’attribuer à une dysorthographie ou à un correcteur facétieux. Et puis la fâcheuse propension à abuser des guillemets produit rapidement un effet de lassitude. Que l’enfant soit affublé du surnom de « sauvageon », soit, mais il n’est sans doute pas nécessaire de lui offrir à chaque citation cet ornement typographique. Et puis il ne faut pas longtemps pour remarquer les innombrables répétitions : 

  • à chaque fois que l’auteur fait entrer en action les principaux protagonistes de l’histoire, qui ont d’ailleurs tendance à toujours agir ensemble, ils sont nommés « nos amis ». Pourquoi pas? mais lorsque dans une double page, on les retourne ainsi pointés une douzaine de fois, et que l’on sait que cela va se répéter au cours de toutes les pages qui vont suivre, c’est crispant. 

  • de même on trouve des phrases entières, copiées-collées, soit  à quelques paragraphes d’intervalle, ou même carrément à la suite l’une de l’autre. Si c’est pour créer un effet de style, et je n’y crois pas, c’est en tout cas raté.

  • de même surligner à coup de point d’exclamation l’irruption du hasard en s’étonnant , dans une fiction que de telles coïncidences se produisent, n’est pas un procédé heureux.
Le résultat est une espèce de nausée, qui indispose au point redevoir faire un effort énorme pour rester accroché à la narration. Quant à ressentir la moindre émotion, c’est peine perdue.

Mais ce n’est pas tout. Après 171 pages, l’auteur annonce la fin de l’histoire. C’est écrit en toutes lettres : ceci est la fin du roman. 
Mais alors , qu’est-ce que contiennent les pages qui suivent , aussi nombreuses que celles que l’on vient de parcourir ? 
D’abord un curieux générique des personnages par ordre d’apparition, puis une chronologie des faits principaux…
Et puis ça repart. Un épilogue? trop long, non c’est  en fait une suite , qui illustre le destin des différents personnages évoqués précédemment, avec les mêmes tournures narratives. Sans commentaires.

A ce stade , se posent des questions. Quel éditeur peut accepter de publier un tel manuscrit en l’état? On connaît des chefs-d’oeuvre qui ont du multiplier les tentatives avant d’être reconnus à leur juste valeur. En fait la réponse c’est Persée, pseudo éditeur, qui publie à compte d’auteur. Ce qui explique tout ce qui vient de précéder.
C’est la deuxième fois que je me fais avoir : je pense que ce sera la dernière.

C’est donc en trainant les pieds que j’aborde le tome 2 : pas d’évolution dans le style d’écriture, pas de surprise, les « nos amis » alternant avec la liste exhaustive des noms des amis en questions, qui ont en plus la particularité de se déplacer en groupe assez conséquent, les redites et cette fois une construction qui ne facilite pas les choses : deux chapitres pour plus de trois cents pages. Pourtant quand un personnage prend vingt ans entre deux paragraphes , une respiration dans la lecture aurait été la bienvenue. 

J’avoue avoir parcouru assez rapidement ce deuxième tome, ayant perdu tout espoir d’une évolution dans la narration.

La trame narrative offrait des possibilités intéressantes : les Indes alors que les prémisses d’une indépendance commençaient à émerger, un enfant sauvage qui se réincarne, les qualités humaines de ceux qui se sont occupés lui, l’Angleterre rurale hantée de dames blanches, tout cela est attirant. Et l’auteur semble s’être bien documenté ou avoir de solides connaissances historiques .

C’est juste que l’écriture  est insupportable et que la narration trop factuelle pour susciter l’émotion que devrait faire naitre l’histoire, tout cela étant renforcé par une construction anarchique bien que chronologique.

C’est donc ma dernière expérience avec les Editions Persée que j’ai eu le malheur de découvrir il y a quelques mois avec un roman que cette fois je n’avais pas fini, puisqu’aucun engagement ne me liait pour cette lecture.



samedi 4 novembre 2017

Sapiens

Yuval Noah Harari









  • Broché: 450 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL; Édition : Albin Michel (2 septembre 2015)
  • Collection : ESSAIS DOC.
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Pierre-E:manuel Dauzat
  • ISBN-10: 2226257012
  • ISBN-13: 978-2226257017






Qu’est ce qui peut faire qu’un essai sur l’histoire de l’humanité puisse rencontrer un tel succès planétaire? Bien sûr le fait que cette planète est justement colonisée et exploitée par l’espèce vedette de l’ouvrage. Parlez moi de moi, c’est tout ce qui m’intéresse. Mais ce n’est sans doute pas la seule raison, car les ouvrages historiques ou sociologiques sur le sujet ne manquent pas. 
Une deuxième raison est la simplicité du style et le recours à des exemples incontestables : on est loin des ouvrages universitaires abscons qui vous excluent d’emblée du club fermé des happy fews familiers d’une terminologie ésotérique. On est dans le réel, dans les faits. 

L’auteur a par ailleurs cet art de décaler le point de vue, de jeter un regard de côté sur des faits et des chiffres qui prennent une autre dimension. Et le lecteur de constater qu’en effet il s’est bercé d’illusions savamment insinuées  par un formatage éducatif à grande échelle. A moins que ce nouvel éclairage ne soit lui-même un miroir aux alouettes. « La seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute » nous disait Pierre Desproges.

Doutons donc : des frontières, du système monétaire, du libéralisme et de tout ce que l’homo sapiens a mis en place en renonçant au nomadisme du chasseur-cueilleur. Nostalgie du temps où les humains vivent comme les oiseaux des champs qui « ne sèment ni ne moissonnent ». Tout le malheur du monde proviendrait de la spécialisation , de la création des « niches pour abrutis », à savoir les humains qui ne savent pas assurer leur propre subsistance par eux-même , sans dépendre d’un plus performant, au risque de devoir lui accorder toute leur confiance.


Pas de leçon de conduite, c’est plus un état des lieux, sur fond de menace diffuse. Car cette espèce est capable de tout détruire, les exemples abondent dans le passé et il n’est pas de jour où l’actualité ne nous fasse une piqûre de rappel quant aux dégâts que nous provoquons. Pis, elle semble bien être sur le chemin de sa propre destruction…à moins qu’Homo deus ne nous prouve-le contraire. Le second ouvrage de l’auteur est un incontournable quand on a apprécié comme je l’ai fait cet essai.



Il n'existe rien qui ressemble à des droits en biologie, juste des organes, des facultés et des traits caractéristiques. Si les oiseaux volent, ce n'est pas qu'ils aient le droit de voler, mais parce qu'ils ont des ailes.

*

Si les tensions, les conflits et les dilemmes insolubles sont le sel de toute culture, un être humain qui appartient à une culture particulière doit avoir des croyances contradictoires et être déchiré par des valeurs incompatibles. C'est là un trait si  essentiel de toute culture qu'on lui a même donné un nom : la dissonance cognitive. Souvent on la présente comme une défaillance de la psyché humaine. En réalité elle en est un atout vital. Si les gens avaient été incapables d'avoir des croyances et des valeurs contradictoires il eut été probablement impossible d'instaurer et de perpétuer la moindre culture humaine.

*
L'avènement de l'agriculture et de l'industrie permis aux gens de compter sur les talents des autres pour survivre et ouvrit de nouvelles "niches pour imbéciles". On allait pouvoir survivre et transmettre ses gènes ordinaires en travaillant comme porteur d'eau ou sur une chaîne de montage.