mardi 1 novembre 2011

Rien ne s'oppose à la nuit

Delphine de Vigan























La mère, selon l’amour ou la haine qu’elle inspire, est un thème récurrent en littérature : Albert Cohen, Romain Gary, Lionel Duroy, François Mauriac et bien d’autres s’y sont essayés. Au-delà de l’historique d’une famille, c’est son intimité la plus secrète que l’on finit par proposer au lecteur
Le portrait de Lucile, que la maladie a privée de ses capacités à assumer ce rôle de mère, est poignant de sincérité. Pas de règlements de compte, ni d’absolution. Delphine de Vigan essaie de reconstituer cette vie morcelée, à la lumière des multiples témoignages collectés sur plusieurs années de gestation de ce projet. C’est ainsi toute la famille qui sera exposée sur cette scène de théâtre littéraire : le père tyran, nouant des relations équivoques avec ses enfants,  la mère fantasque et chaleureuse, les nombreux frères et soeurs. C’est ce qui sort le récit de la noirceur, tant les joyeuses réunions familiales résonnent de rires et de chants. Le destin se charge de plomber cette insouciance : de nombreux deuils vont obscurcir le tableau et porter une part de responsabilité dans l’évolution pathologique de Lucile.
Les rapports familiaux évoqués dans les écrits antérieurs de l’auteur sont autant de lézardes laissant deviner ou imaginer que derrière la muraille étaient tapis un secret et de la souffrance accumulée. Je pense à No et moi en particulier. Même si «l’écriture ne peut rie, elle constitue un exutoire. Se soulager de ce fardeau mérite d’y réfléchir à 2 fois : Lionel Duroy l’a appris à ses dépens. Suffit-il de rendre public ses fondations personnelles vacillantes pour s’en délivrer? Et qu’apporte au lecteur de pénétrer ainsi dans l’intimité d’un auteur? Même si la beauté de l’écriture et la sincérité du propos m’a séduite, je me suis un peu sentie coupable de voyeurisme

Lu sur Sony reader PR 506





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