samedi 31 décembre 2011

Brumes de Fjords

Renée Vivien





















Comme je m’acheminais vers la colline, je rencontrai le Vent du Nord. Il était vêtu d’un grand manteau de neige et sa couronne de glaçons étincelait
Il me dit : «Laisse moi t’emporter vers les immuables blancheurs »
«Tu verras les aurores incomparables, les mers immobiles et lumineuses, les montagnes de cristal qui flottent sur les eaux et les solitudes pâles au fond de l’éternel silence.»
Je répondis au Vent du Nord :
«Mon âme est retenue au village par le sourire indécis d’une vierge»
Le Vent du Nord s’enfuit dans un frisson d’ailes

Il y a fort longtemps que je ne me suis pas plongée avec attention et concentration dans une lecture poétique. Même si je savais qu’il était fort probable que j’y prendrais un grand plaisir, j’éprouvais tout de même quelque angoisse à devoir en plus en rédiger une chronique. C’est pourquoi je remercie chaleureusement «les Agents Littéraires» et les éditions Livre unique de m’avoir donné cette occasion.

Les premières lignes du premier poème de ce recueil de Renée Vivien, citées ci-dessus, plongent le lecteur immédiatement dans l’ambiance : beaucoup de mélancolie en émane. Toute la beauté du monde offerte par les quatre vents est refusée pour le sourire d’une vierge. Les textes sont empreints d’une langueur romantique qui donne une tonalité particulière aux thèmes abordés, en relation avec la mythologie, qu’elle soit grecque ou scandinave. Ondines, Trolls, Ombres et créatures fantomatiques hantent les fjords et conversent avec des humains à la lisière des mondes

Les paysages et les ambiances sont évoqués en terme de couleur et de parfums extrêmement précis, sur un mode impressionniste, facilitant pour le lecteur la visualisation des scènes. A titre personnel, c’est plutôt sous forme de dessins que je me suis imaginé les différents tableaux

Les thèmes abordés sont conformes aux préoccupations de la poétesse : sublimation de la femme, au travers de la symbolique mythologique, contrastant avec le statut particulièrement dévalorisé qui était le lot de ses consoeurs en ce début de vingtième siècle
Par ses textes, Renée Vivien a illuminé les premiers années de ce siècle qu’elle a traversées comme une fulgurance, La légitimité de son combat n’était pas d’actualité : est-ce ce qui l’a conduit à des comportements d’autodestruction qui abrègeront sa vie? Elle quitte ce monde à l’âge de 32 ans, rejoignant ce domaine des ombres. Les écrits qu’elle laisse lui confèrent une part d’éternité

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