dimanche 29 janvier 2012

Le Front russe

Jean-Claude Lalumière





















Voilà un court roman habilement mené le narrateur et admis par concours au sein du prestigieux ministères des Affaires étrangères, passeport pour la découverte de notre vaste monde,mandaté par l’administration vers des territoires lointains, constituant une collection hétéroclites d’objets ethniques dénichés dans de pittoresques marchés autochtones. Ça, c’est la version idéalisée  et rêvée au fil d’un cinéma intérieur alimenté par la lecture obsessionnelle de quelques numéros de Géo. Avec brutal atterrissage dans une obscure annexe vouée aux relations avec les pays en voie de création, section Europe de l’Est et Sibérie, dirigée par un fou qui se croit à la tête d’un bataillon en campagne. Tout cela parce que la mallette (non diplomatique)  offerte par maman était trop grande....
D’emblée le ton est donné : l’auteur campe le décor originel : l’enfance solitaire dans un pavillon voué au marron, les escapades imaginaires au fil des pages de 5 numéros de Géo et d’un atlas, la nomination qui met brusquement fin au rêve. La conscience du débutant prêt à payer de sa personne pour mettre fin à l’ineptie d’une équipe qui est totalement inutile (le chef fou, le collègue qui passe son temps à classer, avant même que les affaires soient réglées, le rôle central de la photocopieuse,  sera dans un premier temps productive : montée en grade, mutation pour revenir au siège central. Mais la valse des postes tient à de menus événements incontrôlables, passer du purgatoire au paradis n’est pas un chemin à sens unique. 
C’est avec beaucoup d’humour et d’auto-dérision que l’auteur nous fait parcourir les méandres du fonctionnement d’une administration : on pourrait faire le parallèle avec Absolument débordée, à ceci près qu’ici le ton est détaché. Même si les portraits sont féroces, le narrateur ne s’isole pas de la scène et tourne au sein de ce manège de l’absurde au même rythme que les autres protagonistes. On ne retrouve pas ici l ‘ambiance de règlements de compte et l’illusion d’être le seul performant au milieu d’une équipe d’incapables; 
Derrière ce portrait humoristique, sourd une inquiétude, une crainte de contagion par une maladie incurable qui paralyse le fonctionnement de nos instances : l’immobilisme et le conformisme, qui est aussi une sorte d’auto protection tant le risque est grand de se voir éjecté de l’échiquier comme un vulgaire pion, à la moindre velléité de changement.
Je remercie les éditions du Livre de Poche , qui m’a permis de découvrir ce roman dans le cadre de la sélection pour le Prix des Lecteurs 2012


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