lundi 23 avril 2012

Madame Bovary


Gustave Flaubert




















Ce n'est pas une petite affaire que de s'attaquer à ce monument de la littérature française du 19è siècle, souvent abominé lorsqu'il fut découvert trop tôt, imposé par des programmes scolaires inadaptés (que peut importer à un ado de 15 ans le désespoir languide d'une desperate housewife romantique?). Sans l'avoir jamais complètement lu, on en connaît la trame, celle de la lente chute d'une jeune provinciale que l'adultère conduit à sa perte. 

Mais madame Bovary, c'est bien autre chose. Et l'on y trouve matière à réflexion que l'on s'intéresse à la psychiatrie ( quel destin aurait eu Emma avec un peu de Prozac que l'indigne pharmacien Hormais se serait empressé de lui vendre, et quelques séances de thérapie comportementale contre ses tendances à l'achat compulsif?), à la sociologie, voire à l'ethnologie (Flaubert observe à la loupe ce microcosme normand prisonnier d'une époque  figée dans ces principes moraux étriqués)! Que dire des pratiques médicales, bien impuissantes, et très empiriques,  il faudra un siècle pour voir apparaître d'immenses progrès dans les connaissances et les traitements?

On y découvre aussi que le problème du surendettement n'est pas un apanage de n'être mode de vie contemporain et qu'il a toujours existé des usuriers véreux flairant la bonne aubaine qu'est la détresse.

Quant aux piètres  amants de notre héroïne, et à sa décharge, on ne peut dire que le destin lui a facilité la tâche : pleutres, faibles ou immoraux, ils n'ont pu que hâter sa  déchéance. Dépassés par l'intensité de la passion suscitée, eux qui se seraient sûrement contentés de rendez-vous galants aléatoires et sans arrière pensée d'engagements, ils apparaissent comme de grands méchants loups, avec un petit chaperon rouge qui s'est jeté dans leur bras avec une grande naïveté. 

Un mot des victimes collatérales, les seules sincères et irréprochables : ce brave Bovary, qui a fait de son mieux pour cette femme qu'il continue quelques soient les circonstances, à aimer éperdument et surtout la petite Berthe, mal aimée (C’est une chose étrange, pensait Emma, comme cette enfant est laide !), ignorée, et pour finir orpheline.

Cette sombre histoire est fort bien illustrée par de magnifiques tableaux champêtres, mettant à l'honneur une nature luxuriante et généreuse " du côté de l’est, la plaine, montant doucement, va s’élargissant et étale à perte de vue ses blondes pièces de blé. L’eau qui court au bord de l’herbe sépare d’une raie blanche la couleur des prés et celle des sillons, et la campagne ainsi ressemble à un grand manteau déplié qui a un collet de velours vert, bordé d’un galon d’argent."

Il n'est pas loin d'un éventuel embarquement pour une île déserte ce roman emblématique de la littérature  romantique... 

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