jeudi 21 juin 2012

Eloge de la folie

Erasme























Rédigé en latin en 1509, l'éloge de la folie est une habile satire sociale qui utilise la dérision pour régler ses comptes avec les religieux, théologiens, moines  ou membres du haut clergé, mais aussi les courtisans. 

C'est la Folie qui prend la parole, pour se définir, et mettre en évidence son universalité. N'y a t- il pas une indubitable folie de l'humain, qui,  menacé de maladie, de malheurs divers tout au cours de son existence, s'accroche désespérément à la vie? Quel homme se résoudrait au mariage et quelle femme à l'enfantement sans être atteints de ce dérèglement de l'esprit?  Il est question ici non de la maladie mentale, mais des égarements ordinaires, défauts de raisonnement, et illusions qui constituent le lot de l'homme. 
À grands renforts de syllogismes et de sophismes, reprenant à son compte les argumentations fallacieuses de ceux qu'il fustige pour mieux les condamner, il s'attaque sans ménagement aux représentants de l'église, les accusant globalement de n'avoir rien compris à la parole du Christ et d'en détourner le message afin de satisfaire ses prérogatives.


Comparé aux Caractères de La Bruyère,  satire sociale du même acabit écrite presque un siècle plus tard,  le ton est largement plus brillant, plus léger dans la forme, alors que la critique est très acerbe et sans ménagement. Le lecteur lambda que je suis, peut être rebuté par les innombrables références mythologiques et littéraires d'une autre époque, témoignant de l'érudition de l'auteur, ( même si l'édition est largement annotée : il est impossible pour une lecture fluide de constamment s'y reporter). Certaines seront reconnues, comme le mythe de la caverne de Platon citée plusieurs fois ou l'Odyssée, mais beaucoup restent inaccessibles.


L'ouvrage, qui fut un véritable succès, a cependant subi les foudres de ses détracteurs et parmi ceux ci, Martin Dorpius, théologien. Erasme s'en explique dans une lettre de justification, se défendant d'avoir voulu exprimer des ressentiments personnels, mais plutôt d'avoir voulu pointer du doigt les errements du clergé. Il s'en était déjà défendu dans la préface : "une satire qui n'excepte aucun genre de vie, ne s'en prend à nul homme en particulier, mais aux vices de tous". 

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