jeudi 11 juillet 2013

Eloge de l'erreur

Laurent Degos








  • Broché: 96 pages
  • Editeur : LE POMMIER (12 février 2013)
  • Collection : Manifestes
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2746506505
  • ISBN-13: 978-2746506503















Si l’erreur est humaine, elle est source de biens des maux. Et pas uniquement pour la victime direct ou indirecte de la bévue. Le présumé responsable, qui n’a pas commis de faute, dans le sens où il n’y avait pas d’intentionalité dans ses agissements se voit assimilé à un coupable, celui dont la tête doit tomber.

Or dans le monde duvivant, l’erreur est vicariante, c’est à dire source de vie, et l’auteur affirme que sans l’erreur, l’humanité n’existerait pas. Le monde vivant a dépassé le stade de bactéries grâce à des erreurs dans le déroulement de la transmission des codes génétiques, erreurs qui sont à l’origine de l’évolution. a sérendipité, qui est le fait de découvrir par hasard quelque chose d’utile ou d’agréable, n’est-elle pas à l’origine de bien des innovations (tarte Tatin, Post-it, radio-activité, antibiotiques...)?

Outre son rôle de progrès par la mutation, l’erreur est aussi source de réflexion, dans le but d’améliorer, de corriger un effet indésirable.
«On apprend rien de la victoire, on n’apprend que de la défaite» dit Werber. Tirer parti d’une erreur permet au système de s’amender. A condition de tenir compte des effets de la correction : 

«La première réaction au moment de la découverte d'une erreur, est de réparer le défaut. Cependant la réparation risque de favoriser une fragilité encore plus dangereuse dans un système complexe : un maillon rendu rigide devient alors un point de rupture»

Une manière inappropriée mais répandue de réagir face à un drame, une catastrophe, est de rechercher un bouc émissaire. Encore une fois, l’erreur est inévitable. Même les procédures les plus sophistiquées ne peuvent prévenir tous les aléas. C’est pourquoi il importe de ne pas pointer du doigt un coupable, qui encore une fois n’a pas commis de faute, mais est lui aussi victime d’un système. Indemniser les victimes est juste. Détruire l’acteur involontaire à l’origine du préjudice est au contraire un frein au perfectionnement du système, car cela induit des comportements de fuite ou à l’introduction de biais dans l’analyse de la situation.

Etayé par de nombreuses références au milieu médical, que l’auteur connait bien ( il est le fondateur de la Haute Autorité de Santé, et lui même médecin),  et qu’il compare à d’autres systèmes très sécurisés comme l’aéronautique, le propos se lit aisément, mais pas forcément rapidement, car chaque paragraphe incite le lecteur à s’arrêter pour y réfléchir et en mesurer les retombées. C’est court mais dense et bien construit

Tout à fait en lien avec l’actualité de notre société du 21è siècle, il suffit d’écouter les infos pour s’en convaincre.

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