lundi 1 février 2016

Envoyée spéciale

Jean Echenoz







  • Broché: 312 pages
  • Editeur : Les Editions de Minuit (7 janvier 2016)
  • Langue : Français
  • Existe en version numérique
  • ISBN-10: 2707329223
  • ISBN-13: 978-2707329226












Le style Echenoz, c’est de la haute couture, du cousu main. 
Et l’on sent qu’il pourrait raconter n’importe quoi sur m’importe quel sujet, le résultat serait identique. (Il le dit lui même : « l’intrigue est un mal nécessaire »).


Et ce n’est pas n’importe quoi : mettant de côté les biographies innovantes, Echenoz renoue avec l’espionnage comme dans Cherokee ou Lac. 

Un général sur la touche qui souhaite finir en beauté, des petites frappes décérébrées, un avocat véreux et un artiste à la Patrick Fernandez (un seul titre et c’est la retraite nantie) gravitent autour d’une jeune femme d’une constance (bon sang mais c’est bien sûr, c’est en l’écrivant que je n’en rends compte : constance, c’est son prénom!) parfaite quels que soient les circonstances. Et pourtant, elle ne tarde pas à se faire kidnapper. Le général a en vue de déstabiliser le régime de Kim Jong, et c’est Constance qui sera infiltrée là-bas. il faut préciser qu’elle est totalement novice dans ce secteur d’activité, consacrant l’essentiel de sa recherche spirituelle  à assortir son rouge à lèvre et son vernis à ongles.
On va découvrir peu-à peu les liens qui unissent tous ces personnages, et l’auteur s’amuse un peu à nous perdre sur des fausses pistes à coup de pseudo, récompensant cependant le lecteur attentif à l’aide d’indices savamment dispensés .

Le projet est tellement fou qu’il ne peut qu’éveiller l’intérêt : et la réalisation est à la hauteur. Le formatage de la jeune femme, sa feuille de route, et la mise en oeuvre de sa mission sont pour le moins particuliers, et géographiquement dispersés : Paris, la crise et Pyongyang!
Le récit fourmille de détails réjouissants : qui penserait à planquer un kidnappé dans une éolienne? 

Les personnages relèvent de la bande dessinée : pas que pour leur côté « Pieds nickelés », mais pour leur portrait proche de la caricature et l’utilisation de détails de reconnaissance très graphiques : un tatouage, une couleur de maquillage, une description précise des coiffures.

Quant au style, il est unique. Très travaillé, j’en veux pour preuve les zeugmas, personnifications  et autres figures de style qui ne peuvent se trouver là par hasard. 
Son regard sur les détails, avec un angle d’approche particulier  confère à une situation ou une anecdote insignifiante une étrangeté : c’est un peu le sentiment de vacuité que l’on peut ressentir lorsqu’on que l’on répète un mot isolément jusqu’à le vider de son sens.  

L’écrivain est un personnage de l’histoire, incitant le lecteur à patienter : 

« Quant à ceux qui n'avaient pas compris que le commanditaire se nomme Clément Pognel, nous sommes heureux de le leur apprendre ici. »

 ou faisant part de ses limites pour expliquer un contexte, créant une mise à distance de l’histoire qui,  somme toute, il est le premier à le reconnaître est légèrement extravagante.

La partie coréenne vaut son pesant de kimchi (légumes à la coréenne), ne serait-ce que par le portrait des personnages.


C’est donc à nouveau un rendez-vous jubilatoire, avec en prime un écrit un peu plus long que d’habitude, ce dont on ne peut que se réjouir


Merci à Babélio et aux Editions de minuit pour ce partenariat très apprécié


Rien n'est ennuyeux comme les récits de rêve. Même s'ils ont l'air à premiere vue drôles, inventifs ou prémonitoires, leur prétention de film à grand spectacle est illusoire, leurs scénarios ne tiennent pas debout.

*
Qu'elles soient de douleur, d'émotion, de joie voire de deuil, les larmes ont en effet du bon. Peu importe au fond ce dont elles témoignent, tant elles soulagent, et tant, s'écoulant de nos yeux, c'est tout le corps qu'elles apaisent. Et soit dit en passant, ce phénomène concerne peu ou prou tout ce que ce corps expulse : dès l'instant où quelque chose de liquide, solide ou gazeux s'échappe de l'organisme - soit une dizaine de modes d'évacuation possible qu'on s'abstiendra de détailler-, c'est chaque fois, du sublime au trivial, un plaisir spécifique. A des degrés divers et quoi qu'on en dise, c'est toujours plutôt bon. Il n'y a que transpirer qui ne l'est pas toujours - encore que ce soit, au sauna, au hammam, pas si mal - et bien sûr saigner, qui est franchement discutable.



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