vendredi 12 février 2016

Le charme discret de l'intestin

Giulia Enders








  • Broché: 350 pages
  • Editeur : Actes Sud Editions; Édition : ACTE-SUD (1 avril 2015)
  • Collection : Essais Sciences
  • existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Allemand) : Isabelle Liber
  • ISBN-10: 2330048815
  • ISBN-13: 978-2330048815








Comment transformer un bête cours de physiologie, qui plus est sur une fonction peu ragoutante quand à son résultat, la digestion (on n’est pas dans le domaine noble des neuro-sciences, qui a pour objet d’étude un organe aristocratique, le cerveau), en un récit distrayant bien que sérieux, argumenté et étayé par une bibliographie récente? C’est un pari que peu peuvent tenter car il faut avoir de solides connaissances scientifiques ET un regard décalé, ET un talent d’écriture pour y réussir.C’est gagné pour Le charme discret de l’intestin, puisqu’après avoir été écoulé à plus d’un million d’exemplaire en Allemagne, le livre fait un tabac en France et caracole entête des ventes depuis de nombreux mois, le bouche à oreilles (tiens un raccourci que n’a pas envisagé l’auteur) fonctionne à merveille (ce n’est pas un critère absolu, je vous l’accorde, cf Cinquante nuances….)

il y est donc question de bouffe, d’excréments, de microbes, chaque acteur du scénario étant clairement installé à sa place avec un script limpide et intelligible. Certes Giulia Enders est spécialiste de la question, mais c’est un pré-requis nécessaire et pas toujours suffisant pour écrire un essai qui tient la route. Ici,  pas de lézards, hormis une simplification peut-être un peu abusive du métabolisme des graisses, tout le reste est médicalement correct, actualisé par des revues bibliographiques récentes : félicitations du jury.

Quand à la forme, le succès de librairie ne serait pas aussi retentissant si la lecture revêtait le style de nos cours de bio. A force de personnification et de métaphores, les organes qui interviennent dans le processus en deviennent des acteurs branchés et rigolos, des potes qui sont là parce qu’ils nous veulent du bien et luttent au quotidien contre les ordures que nous tentons, sciemment ou non de leur infliger.


Félicitations aussi pour  la traductrice, qui restitue calembours et boutades avec brio, et ajoute des notes de bas de page précisant quelques chiffres en France. 

La partie la plus croustillante, si j’ose dire est sans doute celle qui est consacrée à la flore intestinale. C’est un secteur sous les feux de la rampe des instituts de recherche, qui passionnent tout autant les chercheurs que l’industrie agro-alimentaire, qui perçoit bien là une source de profits non négligeables.


Je ne serais pas contre d’autres épisodes du genre, avec en vedette, l’appareil cardio-vasculaire, ou le système nerveux, ou encore l’appareil locomoteur. Peu importe, pour peu qu’humour et clarté des propos contribuent utilement à la formation post-universitaire ou à la formation tout court, de lecteurs ravis de s’instruite dans le plaisir.




Qu'elles soient confrontées à une plaque chauffante ou au suc gastrique, les protéines réagissent en effet de la même manière : elles se dénaturent. (...) La cuisson nous permet donc de faire des économies d'énergie, puisque notre estomac n'a plus besoin de déployer l'énergie nécessaire à la dénaturation. En cuisinant, nous délocalisons tout simplement une partie de notre activité digestive.

*

Pour ce qui est de l'intestin en revanche, la plupart d'entre nous pensent qu'il n'est bon qu'à se vider. Le reste du temps, il feignante sans doute, pendouille inutilement dans le ventre et lâche peut-être un pet de temps à autre. Compétences particulières ? Aucune, à ce qu'on croit savoir. Il faut le dire : nous le sous-estimons et, pour être franc, il nous fait même honte. L'intestin ça craint.

*

C'est quand nous sommes détendus que notre intestin travaille le mieux...Quand il s'agit de digestion, le paisible lecteur de romans-fleuves est plus efficace que le PDG hyperactif . 

2 commentaires:

  1. Comme quoi la lecture est aussi bonne pour l'esprit que pour le corps. Hâte de découvrir ce livre dont on entend tant parler !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est sans risque pour la santé, au contraire

      Supprimer