mardi 31 mai 2016

Futu.re

Dmitri Glukhovsky







Broché
726 pages
Editions L'atalante
Traduction (Russe) : Denis E. Savine
Parution 24/09/2015
Existe en version numérique
EAN 978-2841727292
ISBN 2841727297






  • Bonne pioche! Tout ce que j’aime dans l’anticipation : un univers imaginaire qui a des allures de vraisemblable, en filigrane une analyse sociale qui renvoie clairement aux travers de notre époque, des personnages en équilibre  entre fatalité et révolte, des questions philosophiques que l’étrangeté du décor nuance,   permettant au lecteur de faire un pas de côté pour y réfléchir.

Nous sommes en 2455. Le monde civilisé est planté serré de tours de mille étages où vivent plus ou moins haut selon leur rang social trois trillions d’humains (cent-vingt milliards rien qu’en Europe). Autant dire que seuls quelques privilégiés s’offrent le luxe de contempler le ciel t le soleil. Des splendeurs passées ne restent que quelques monuments sous cloches sous les constructions de composite.
Une avancée médicale a modifié l’équilibre de la démographie : cela fait plus de trois cents ans qu’il est possible de ne pas vieillir et de ne pas mourir. Mais c’est donnant donnant. Une vie pour une vie : si un enfant est conçu, son père ou sa mère sera « injecté », il recevra l’ « accélérateur », qui le transformera en quelque années en vieillard chevrotant , puis en macchabée à recycler.
Quant à l’enfant il sera confié à un internat et formaté pour devenir un milicien garant de l’ordre public et du respect des lois sur la natalité.

C’est le cas de Jan, matricule 717, qui, malgré les années d’humiliation, de sévices et de lavage de cerveau a du mal à faire taire en lui le petit enfant qui rêvait devant les premières images d’un vieux film imaginant sa vie dans un jardin de Toscane. Ce n’est pas pour autant un doux idéaliste et quand un riche sénateur lui propose d’éliminer un adversaire politique, il n’hésite pas. sauf que la compagne de la cible est présente lors du raid, et que tout ne se passe pas comme prévu…

Cette contre-utopie fait la part belle à la violence : immortels ou pas les hommes trouvent toujours de bons alibis pour s’entretuer. Et malgré les pilules de la sérénité, les instincts les plus ancestraux servent d’arguments pour passer à l’acte.
Le roman pioche également son inspiration dans une thématique bien actuelle, celle des migrants, qui s’entretuent dans les bas-fonds de Barcelone : hindous contre pakis, chassés de leur contrée d’origine rendue inhabitable par une  catastrophe écologique. Caricature certes, mais oh combien plausible! 


il n’empêche qu’il difficile de lâcher le roman, pourtant un joli pavé. L’écriture et le scénario sont très efficaces et convaincants. C’est un peu l’ambiance de 1984 ou de Le meilleur des mondes, mais en plus réaliste et donc plus effrayant. J’ai la certitude qu’il ne sombrera pas de sitôt dans ma réserve personnelle des romans sitôt lus-sitôt oubliés.

Challenge Pavés Babelio 2015-2016




Au début du XXIe siècle, la population de cette planète comptait sept milliards d’individus, et vers la fin quarante milliards. Par la suite, elle a doublé tous les trente ans jusqu’à ce que le prix d’une vie soit une autre vie.

*
Si des cheveux grisonnants embarrassent les foules dans les lieux publics, alors m'asseoir dans une rame avec un nourrisson dans les bras reviendrait à y promener une girafe en laisse.

*

Quand Dieu parle gentiment à un boucher c'est que ce dernier sera prochainement sacrifié sur l'autel plutôt qu'invité à rejoindre les rangs des apôtres. 
Et qui mieux que le boucher jouant à Dieu avec le cheptel est en mesure de comprendre cela ?



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