mardi 3 mai 2016

Le père Goriot

Honoré de Balzac








  • Broché: 443 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche; Édition : 1 (8 septembre 2004)
  • Collection : Classiques
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2253085790
  • ISBN-13: 978-2253085799








C’est sur une couleur sépia que débute le roman du Père Goriot. En fait ce n’est pas très gentil pour le sépia, car c’est plutôt la crasse qui séjourne partout dans la triste pension de Mme Vauquer. C’est sale, ça sent mauvais : le choix d’y résider est pour la plupart des occupants une question de budget. Il en est ainsi de deux étudiants dont le fameux Eugène de Rastignac, provincial bien décidé à conquérir Paris, dut-il mettre sur la paille sa famille par sa quête incessante de fonds destinés à se faire accepter par la haute société.
Un autre personnage intriguant se fait remarquer par sa désinvolture et sa grossièreté; s’il se fait nommer Vautrin, il est clair dès le départ qu’il cache quelque chose.
Enfin le père Goriot,, ex-fabriquant de pâtes dont la fortune fond entre les mains avides de ses deux péronnelles de filles, celles-là même que Rastignac utilise pour réaliser ses ambitions.

Tout ce petit monde évolue sous la houlette de la tenancière, et les liens se mettent en place pour une intrigue mouvementée, et riche en rebondissements.
L’accès de Rastignac à la société huppée qu’il envie permet aussi à Balzac de dénoncer sans ménagement la futilité et médiocrité de ceux qui font et défont les réputations au gré de leurs humeurs.

Le père Goriot, c’est une histoire d’amour paternel aveuglant, poussé jusqu’à la folie, et sans limite, dans une totale abnégation : 

« Je n’ai point froid si elles ont chaud, je ne m’ennuie jamais si elles rient. Je n’ai de chagrins que les leurs »

C’est aussi un état des lieux de la capitale sous la Restauration : 

« Paris est un véritable océan. Jetez-y la sonde, vous n’en connaitrez jamais la profondeur. Parcourez-le, décrivez-le? Quelque soin que vous mettiez à le parcourir, à le décrire, quelque nombreux et intéressés que soient les explorateurs de cette mer , il s’y rencontrera toujours un lieu vierge, un antre inconnu, des fleurs, des perles, des montres, quelque chose d’inouï, oublié par les plongeurs littéraires. » 

Dans cet océan se côtoient le meilleur et le pire, et l’auteur ne prend pas parti : les travers de toutes les strates de la société sont mis à jour.

Si le plumage et le ramage ont évolué, si le décor n’est plus enseveli sous les saletés, non seulement l’air est toujours irrespirable, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons il semble quand même par bien des aspects que peu de choses ont changé dans le coeur des hommes : il est toujours difficile de se faire une place  quand on n’a pas la chance d’avoir les relations nécessaires, le fossé entre plus riches et plus pauvres s’est creusé, et il y aura toujours des Vautrin pour entrainer les plusdésespérés sur le chemin du crime. 


Cette lecture crée une irrésistible envie de parcourir La comédie humaine, ne serait que pour retrouver les personnages croisés, Rastignac, Vautrin, à travers les passerelles et renvois qui tissent la trame de la Comédie humaine.



Paris est un véritable océan. Jetez-y la sonde, vous n’en connaitrez jamais la profondeur. Parcourez-le, décrivez-le. Quelque soin que vous mettiez à le parcourir, à le décrire, quelque nombreux et intéressés que soient les explorateurs de cette mer , il s’y rencontrera toujours un lieu vierge, un antre inconnu, des fleurs, des perles, des montres, quelque chose d’inouï, oublié par les plongeurs littéraires. 

*

Rastignac résolut d’ouvrir deux tranchées parallèles pour arriver à la fortune, de s’appuyer sur la science et sur l’amour, d’être un savant docteur et un homme à la mode. Il était encore bien enfant!  Ces deux lignes sont des asymptotes que ne peuvent jamais se rejoindre


*

Si le coeur humain trouve des repos en montant sur les hauteurs de l’affection, il s’arrête rarement  sur la pente rapide des sentiments haineux

*
Je n’ai point froid si elles ont chaud, je ne m’ennuie jamais si elles rient. Je n’ai de chagrins que les leurs




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