jeudi 5 mai 2016

L' amie prodigieuse

Elena Ferrante







  • Broché: 400 pages
  • Editeur : Gallimard (30 octobre 2014)
  • Collection : Du monde entier
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Italien) : Elsa Damien
  • ISBN-10: 2070138623
  • ISBN-13: 978-2070138623









Quel bonheur que cette plongée au coeur de l’Italie du Sud des années cinquante! 

La parole est donnée à Elena, que l’on avertit de la disparition de son amie, Lila,âgée de 66 ans. Une facétie de plus, une de trop de la part de cette rebelle de naissance. C’est pour cette raison qu’Elena décide de cocher sur le papier l’histoire de cette amitié étrange.

Naples, en plein milieu du vingtième siècle est une ville de violence. Celle des enfants entre eux, des parents envers les enfants, des adultes : personne n’y échappe. Violence verbale, coups de poings faciles, meurtres… La mort est un aléa, qu’elle soit naturelle ou accidentelle : 

«  Notre monde était ainsi, plein de mots qui tuaient : le croup, le tétanos, le typhus pétéchial, la gaz, la guerre, la toupie, les décombres, le travail, le bombardement, la bombe, la tuberculose, la suppuration ».

Le destin eut été écrit pour ces enfants, si leur institutrice n’avait pas repéré les qualités exceptionnelles des deux petites, celles de Lila Cerullo surtout : 

« -Qui t’as appris à lire et à écrire, Cerullo?- Cerullo, menue, les cheveux, les yeux et la blouse tout noirs, un noeud rose autour du cou, et six années de vue seulement, répondit : -moi. »


Lila  tire Elena vers le haut dans une concurrence sans merci. L’autorité de l’enseignante n’est pas contestée : elle réussit à obtenir des parents d’Elena que celle-ci poursuive ses études au collège puis au lycée. Lila reste sur le bas-côté et échoue sur le chemin de la promotion sociale. Pas par manque de compétences, loin de là.

Avec l’adolescence, les deux filles s’éloignent l’une de l’autre, même si Lila s’accroche en autodidacte pour acquérir les connaissances auxquelles elle n’a pas accès. La rupture arrive avec les affres des premières amours. 

Le caractère hors norme de Lila, la hargne qui anime Elena attirée par cette fille comme un papillon vers la lumière, et le contraste entre le conformisme du milieu populaire peu enclin au changement créent une fascination irrésistible pour le lecteur.

Quelle chance d’avoir laissé passer le temps depuis la parution première de ce tome de ce qui s’annonce être une saga : point n’est besoin d’attendre la sortie et la traduction de la suite des aventures des deux napolitaines, tout est là à portée de mains.


Le mystère autour de l’auteur (des auteurs?) qui n’a jamais accordé un interview contribue au succès éditorial, mais la lecture du récit évacue le doute : quel que soit l’écrivain qui se cache derrière ce pseudo, le talent est là, relayé par une traduction qui se fait oublier.



Notre monde était ainsi, plein de mots qui tuaient : le croup, le tétanos, le typhus pétéchial, la gaz, la guerre, la toupie, les décombres, le travail, le bombardement, la bombe, la tuberculose, la suppuration

*
Qui t’as appris à lire et à écrire, Cerullo?- Cerullo, menue, les cheveux, les yeux et la blouse tout noirs, un noeud rose autour du cou, et six années de vue seulement, répondit : -moi. »

*
J'avais peur qu'il ne lui arrive quelque chose, en bien ou en mal, sans que je sois là. C'était une vieille crainte qui ne m'est jamais passée : la peur qu'en ratant des fragments de sa vie, la mienne ne perde en intensité et en importance.






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