vendredi 19 août 2016

L'autre qu'on adorait

Catherine Cusset







  • Broché: 304 pages
  • Editeur : Gallimard (18 août 2016)
  • Collection : Blanche
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2072688205
  • ISBN-13: 978-2072688201









Bel hommage à un ami perdu, à travers de portrait sans complaisance mais beaucoup de tendresse.
C’est à la fin du lycée, dans les années 80 que la bande se constitue, des étudiants prometteurs, y compris Thomas, même si, déjà, les résultats dont il ne doutait pas ne sont pas à la hauteur de ses espérances. Sciences-Po, c’est un piètre succédané quand on vise Normale Sup. Ça ne marche pas en France, qu’à cela ne tienne, Les Etats-Unis sauront reconnaître sa valeur. et Thomas s’embarque dans des années de déménagements, de postulation, d’amours aussi définitives que transitoires, d’alcool, un peu, d’insomnie, beaucoup, d’exubérance et de déconvenues qui peu à peu sapent les bases fragiles d’une personnalité pas ordinaire.

On est immergé avec Thomas dans le milieu universitaire américain, avec sa hiérarchie des établissements, ses codes internes, sa liberté pédagogique et ses limites infranchissables (le principal piège que Thomas n’évite pas, c’est l’interdiction absolue d’avoir une relation avec une étudiante). Les repères historiques sont également adroitement insérés. c’est une belle évocation, à la fois littéraire et pédagogique, des Etats-Unis de la fin du vingtième siècle, sans oublier les références nombreuses à la musique, et à la littérature, puisque Thomas est un 
"vingtièmiste" spécialiste de Proust.

Parlons des amours de Thomas, et de son talent de séduction. Elles sont toutes vite attirées par le charme et le bagout du frenchy, prêtes à passer sur ses excès. Ana, Elisa, Olga (une folle grave celle-là), Nora, elles ont toutes été sincèrement aimées. Aucune n’est restée. 

Peu à peu, le portrait révèle les failles qui expliquent le prologue dramatique, avec la découverte du corps de Thomas. Les indices sont subtilement amenés, l’insomnie, les excès, les échecs aussi, dont on ne connaît pas clairement la cause, mais qui pourraient bien être liés à des agissements inopportuns du jeune homme. Pour aboutir à une claire explication qui donne la cohérence et la raison d’être du récit.

Tout cela est très bien fait mais…

Le choix de l’auteur de s’adresser au personnage principal par un tutoiement est une épreuve pour le lecteur. On comprend l’intention, qui correspond à une sorte d’éloge funèbre  où l’on s’adresse au défunt, en retardant le moment où l’on ne pourra plus s’adresser à lui. Mais il faut, en tant que lecteur, presque visualiser ce dialogue mortuaire pour suivre l’intrigue. D’autant que c’est Catherine, l’auteur, qui parle. Certes, au fil de la lecture, la gymnastique s’acquiert, mais il faut tout de même un certain temps pour naviguer aisément dans le texte.


Belle écriture (malgré le procédé) pour une belle lecture.

Merci à Babelio et à Gallimard pour leur confiance



Deux 20 sur 20! Par quelle malédiction les obtiens-tu sous un autre nom quand tu essaies d'être médiocre, et ne réussis-tu pas à décrocher un 13 ou un 14 en ton nom?
Qu'il s'agisse du bac ou de Normale sup le modèle de la dissertation reste le même. Echoue-t-on quand le désir est trop fort? Echoues-tu quand ton désir est trop fort?

*

Le seul vrai voyage, comme le dit Proust, ne consiste pas à aller vers de nouveaux paysages mais à voir l'univers avec les yeux et les oreilles d'un autre, et que c'est par l'art que "nous volons vraiment d'étoiles en étoiles".



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