lundi 8 août 2016

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit

Céleste NG









  • Broché: 288 pages
  • Editeur : Sonatine (3 mars 2016)
  • Existe en version numérique
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Fabrice Pointeau
  • ISBN-10: 2355843678
  • ISBN-13: 978-2355843679









Noir, c'est noir. Loin du feel-good (on serait plutôt dans le feel-bad, si le genre existait), à petites touches, l'auteur dresse un état des lieux désespérant sur le thème de l’exclusion.

Au départ, le drame : Lydia ne rejoint pas sa famille pour le petit déjeuner : le lecteur sait déjà qu'elle est morte. Les espoirs vains de la famille seront vite perdus.

C'est à partir des points de vue alternés de ses parents, de son frère et de sa sœur, que peu à peu, la logique inéluctable de cette fin macabre se met en place. C'est toute l'histoire de cette famille qui est en cause : la mère qui a renoncé à ses ambitions professionnelles, le père, d'origine asiatique, qui même né sur le continent américain, porte ses racines comme un fardeau humiliant, et les enfants stigmatisés par leur physique de métis. 
Chacun combat l'exclusion et la rancoeur à sa façon, mais la charge est lourde et la lutte vaine, et l'enfer est pavé de bonnes intentions.

L' écriture est juste et empreinte d'une certaine douceur. Pas de ton revendicatif , de pointage d'un doigt vengeur, juste une analyse psychologique plutôt bienveillante, avec cependant en filigrane un réquisitoire contre les carcans d'une classe sociale conservatrice. D'anecdotes en confidences, à petites touches, l'ambiance se met en place et les faits sont décortiqués dans leur logique implacable.
C'est aussi le portait d'un peuple  qui, malgré ses origines multiples, a du mal à faire avec la diversité et ne se reconnaît que dans des normes créées de toutes pièces. 

Ce premier roman puise ses sources dans la biographie de l'auteur puisque les parents  de Céleste NG sont des immigrés originaires de Hong-Kong, que sa mère était chimiste et son père physicien à la NASA. C'est donc à partir d'un vécu personnel ou proche de racisme qu'elle a pu construire ce tableau social. 

Six ans ont été nécessaires pour aboutir à ce récit? Faudra-t-il six autres années pour pouvoir parcourir à nouveau quelque chose de cet auteur à la plume prometteuse?



  Souvenez-vous que les gens à qui vous parlez s'intéressent cent fois plus à eux-mêmes, à leurs désirs et à leurs problèmes qu'à vous et vos problèmes

*

Ce n'est pas votre faute [si maman est partie], avait dit son père, mais Lydia savait que si. Ils avaient fait quelques chose de mal, elle et Nath ; ils l'avaient d'une manière ou d'une autre mise en colère. Ils n'avaient pas été à la hauteur de ses attentes.

*
Et Hannah ? Ils avaient installé sa chambre dans le grenier,où l'on conservait les choses dont on ne voulait pas, et même à mesure qu'elle grandissait, chacun d'entre eux oubliait, de façon fugace, qu'elle existait.


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