vendredi 28 octobre 2016

L'insolite évasion de Sebastian Wimer

Stéphane Héaume







  • Broché: 288 pages
  • Editeur : Serge Safran Editeur (18 août 2016)
  • Collection : LITTERATURE
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français
  • ISBN-13: 979-1090175532












C’est un curieux roman, dont l’ancrage dans une réalité réinventée, laisse la place au rêve, en donnant la parole à un héros romantique digne du Grand Meaulnes.

La scène inaugurale a lieu de nos jours, dans le cimetière d’une cité imaginaire qui peu à peu ferme ses portes, chasse les étrangers, dans un climat de défiance, alors que la crainte fait resurgir les comportements les moins dignes dans la population . 
Sebastian vient s’y recueillir sur la tombe d’Agathe, décédée quelques années plus tôt lors d’une manifestation, à une période où quelques-uns croyaient encore pouvoir changer le cours des événements . La stupeur et l’effroi le gagnent lorsqu’il se reconnaît sous les traits d’une statue de gisant, accompagné de la jeune femme qu’il aimait.

Une deuxième énigme voit bientôt le jour : qui est Kathryn Petersen, retrouvée dans la rue, rouée de coups par la milice, amnésique, et qui ressemble tant à Agathe?

Alors que la situation politique est de plus en plus tendue, Sebastian envisage de s’échapper, en entraînant dans sa fuite une centaine de sans papiers, voués à un sort funeste. C’est avec son associé Dimitri, et avec l’aide d’une chanteuse lyrique qui bénéficie pour un temps encore de la clémence des dirigeants, qu’il échafaude un projet fou.

La cité imaginaire, le romantisme des sentiments passionnés du narrateur, le refus de la fatalité et l’espoir d’un avenir meilleur : on est dans une ambiance intemporelle, aux frontières de la réalité. 
Il y a quelque chose de la tragédie antique dans cette histoire d’évasion, une histoire de cheval de Troie à l’envers, un projet porté par des sentiments forts, de la jalousie, de la haine, de l’amour, qui voudraient justifier toutes les trahisons.

L’écriture est magnifique : c’est le type de récit que l’in voudrait faire durer, que l’on déguste lentement phrases après phrases, éventuellement relues pour mieux en apprécier la musique.


Une très belle découverte de cette rentrée 2016




La nuit et l'oubli étaient tombés sur ce passé plein d'éclat : ils tomberaient aussi sur notre époque, sur ce que l'histoire n'avait pas encore écrit, annulant le temps de quelques décennies nos efforts et nos ruses pour échapper aux événements, précipitant avec tout ce que l'inéluctable a de  cruel dans le gouffre infini des petites destinées

*

Il n'avait pas tout lu, bien sûr, pourtant il devait bien avoir ses ouvrages fétiches, là, quelque part devant mes yeux et j''éprouvais un pincement de cœur à l'idée qu'ils étaient 
 indétectables alors que d'un geste, il les eût désignés, délogés de leur étagère, humés et me les eût peut-être montré. Ces livres étaient une partie de lui que je ne connaissais pas, que je ne connaîtrai jamais. Nous n'avions pas eu le temps de faire éclore cette simple complicité.


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