mardi 15 novembre 2016

Les Tisserands

Abdennour Bidar







  • Broché: 192 pages
  • Editeur : LES LIENS QUI LIBERENT EDITIONS (4 mai 2016)
  • Collection : LIENS QUI LIBER
  • Langue : Français
  • ISBN-13: 979-1020903969
  • ASIN: B01BBIGX9G





C’est un écrit qui fait tellement du bien qu’il serait désobligeant de le classer dans la catégorie « feel-good » notion qui en elle-même fleure le gnangnan, la bluette, l’eau de rose.
Ce qui fait du bien ici, c’est l’espoir, si précieux en ces temps de désespérance.
L’espoir que ce monde , cette planète et ses hôtes , qui en constituent l’étoffe, non seulement cessent de se déchirer, mais se reconstruisent, pour évoluer vers une nouvelle humanité. C’est possible si les Tisserands, ces légions d’individus déjà en marche, continuent leur oeuvre salvatrice.

"Déjà un peu partout dans le monde commencent à se produire "un million de révolutions tranquilles, dans tous les domaines de la vie humaine : travail, argent, santé, habitat, environnement. J'appelle Tisserands les acteurs de ces révolutions. Leur objectif commun, en effet, est très simple : préparer ensemble le tissu déchiré du monde"

Car, oui, ils existent déjà, maintenus dans l’ombre par les médias qui préfèrent contempler et se gaver jusqu’à l’écoeurement des témoignages de la déchirure : 

"Voila comment en toute inconscience on fabrique aujourd'hui des générations de gens qui ne croient plus en rien, des découragés d'avance, des cyniques, qui, quand ils ont la chance de ne pas faire partie des damnés de la terre, se replient peureusement dans leur petit pré carré de bien-être privé."


La première étape pour devenir un Tisserand, c’est de tisser un lien avec soi-même, avec son moi profond. Un outil, la méditation , le retour au calme, la chasse au vacarme qui agite nos pensées et parasite nos actions. Pas de dogme, pas de rituel,  inutile s’il n’est pas en lien avec une compréhension (c’est ce que proposent les religions : une application de quelques tâches plus ou moins contraignantes, pour gagner un éventuel aller simple pour une vie dans l’au-delà). Malraux avait prédit que le 21è siècle serait spirituel ou ne serait pas. Quelle clairvoyance! 

"Combien d'entre nous ont creusé assez loin, avec assez d'acharnement dans la terre noire de leur intériorité pour y déterrer la source bouillonnante d'eau vive?"



C’est l’étape incontournable pour accéder à la réparation ou au tissage du deuxième lien, le lien à l’autre. Il s’agit de travailler ensemble, de faire ensemble (encore un raté pour les religions, qui pourtant étymologiquement , vraiment répondre à ce but, alors que force est de constater que le résultat est à l’opposé de ce que l’on pourrait en attendre). C’est aussi la transmission, et particulièrement à nos enfants, « plongés dans un monde où on perd vite haleine » (Pep’s).
. C’est le passage d’une verticalité (le pouvoir, la hiérarchie, la concurrence) à l’horizontalité (l’entraide, la coopération, le partage, et la co-construction).

Le dernier lien bafoué est le lien à la nature. Pas besoin de long discours pour en démontrer la nécessité. Respect de cet environnement qui ne nous appartient pas, dirait-on de la feuille qu’elle appartient à l’arbre? Elle est l’arbre , simplement. 

Chantier immense, mais déjà en marche. On connaît la puissance d’un travail communautaire, les sociétés d’insectes nous le prouvent. Et nous pouvons aussi être ces insectes, ces individus qui seuls sont inefficaces, mais assemblés sont capables du meilleur comme du pire. 

Voilà pourquoi c’est un livre qui fait du bien. Alors,  amis lecteurs, lisez et transmettez, vous gagnerez ainsi vos galons de tisserand.



Là où est le péril, croît aussi ce qui sauve, disait Hölderlin : au moment même où la mondialisation en équilibre très précaire, très instable entre tout ce qui se connecte et tout ce qui se déconnecte peut encore déboucher sur le meilleur ou le pire, voilà qu'apparaît comme par miracle, et comme par hasard au rendez-vous, une génération spontanée de Tisseurs de monde entrés en lutte contre la Grande Déchirure

*

S'ils se rassemblent dans des lieux consacrés à la vie intérieure, c'est à la condition de ne pas y trouver des maîtres de religion, mais une fraternité sans hiérarchie.

*

Le mainstream de l'information reste obsédé par tout ce qui va mal, continuant ainsi à entretenir un climat anxiogène, et à répandre la conviction démoralisante d'un désenchantement quasi total du monde humain. Or c'est faux! Il se passe bien autre chose dans le monde que des crises , de la violence, de catastrophes et des guerres.

*

Se voir soi-même e,n train de creuser avec ses mains la terre noire de ses propres profondeurs.
S'exercer à voir cette terre devenir humide, puis à voir une eau claire en émerger, une eau lumineuse puissante et fraîche.
S'asseoir auprès de cette source pour contempler sereinement le jardin si vert que cette eau de lumière fait naître tout autour.

*

Il me paraît impératif...d'écrire un nouveau genre de livres transversaux, transdisciplinaires, qui allient la question de la vie sociale et de la vie intérieure :  et d'autres (ou les mêmes) dans lesquels le savoir scientifique et la sagesse s'inspireront mutuellement.








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