mardi 7 mars 2017

La mémoire est une chienne indocile

Elliot Perlman







  • Broché: 592 pages
  • Editeur : Robert Laffont (10 janvier 2013)
  • Collection : Pavillons
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Johan-frédérik Sel-Guedj
  • ISBN-10: 2221109813
  • ISBN-13: 978-2221109816








Par quel chemin tortueux le panel de personnages issu de l’imagination d’Elliot Perlman pourra t-il se rencontrer? Il faudra pour le savoir parcourir les quasi 600 pages de ce roman fleuve si dense. Ce sera loin d’être un pensum, car l’auteur sait nous les faire aimer : 

  • Lamont, qui compte bien se racheter pour pouvoir partir à la recherche de sa fille, pas revue depuis qu’une bévue matinée de racisme ordinaire l’a confiné derrière les barreaux
  • Adam, fils de Jake, professeur d’histoire, que  la prestigieuse université de Columbia risque bien d’éjecter, car il ne suffit pas d’être un bon pédagogue pour être admis ad vitam aeternam dans ces temps du savoir : il faut publier! Et Adam n’a pas l’ombre d’une idée de sujet digne de ce nom
  • La famille McCray, Sonia, Michelle et Charles, trop lisses pour être heureux
  • et bien d’autres personnages qui n’ont de secondaires que le temps d’apparition qui leur est imparti 

Sur ce noyau dur, se grefferont des personnages cruciaux, appartenant au passé ou riche d’une mémoire accablante,  artisans de la future rencontre, celle que l’on attend patiemment.

Derrière le décor planté, se dévoile peu à peu l’indicible, et qui pourtant doit être dit. C’est le leitmotiv d’un mourant et c’est celui de l’auteur :  il faut que l’on sache ce qui s’est passé là-bas. Et là-bas, c’est Auschwitz. C’est la funeste destination de millions des déportés, durant la guerre qui a endeuillé le coeur du vingtième siècle. L’évocation de cette période est quasi-insoutenable, même si l’on sait, si on a vu Nuit et brouillard ou lu les nombreux récits qui relatent l’horreur. Mais il faut que l’on sache. Que le temps qui passe n’affadisse pas le crime.

En filigrane, est évoqué une autre facette de la haine, et si les législateurs ont érigé sur le papier une égalité de bon aloi, le problème du racisme envers les populations autrefois accueillies à bras ouvert avec un statut équivalent à celui d’un animal, corvéable à merci, est loin d’être résolu dans les faits en ce début de vingt et unième siècle.

La littérature se mêle à l’histoire  pour faire de ces témoignages un ingrédient romanesque et les personnages sont impliqués à des degrés divers dans le propos. L’ensemble est habilement construit. L’empathie succède à l’horreur. 

Impossible de rester indifférente à ce récit, qui m’a bouleversée et n’est pas prêt de sortir de ma mémoire, chienne indocile ou pas


Merci à JOE5 de m’avoir suggéré cette lecture.




Et, depuis la minute de votre naissance, qu'est-ce d'autre que la vie, si ce n'est une lutte à seule fin de compter, pour une personne au moins ?

*

La mémoire est une chienne indocile. Elle ne se laissera ni convoquer, ni révoquer, mais ne peut survivre sans vous. elle vous nourrit comme elle se repaît de vous. elle s’invite quand elle a faim, pas lorsque c’est vous l’affamé. Elle obéit à un calendrier qui n’appartient qu’à elle, dont vous ne savez rien. Elle peut s’emparer de vous ou vous libérer. Vous laisser à vos hurlements ou vous tirer un sourire.

*

Le récit chronologique pourrait bien représenter l’épine dorsale de ce corpus de connaissances que nous appelons l’histoire, mais la perspicacité, la psychologie, la vigueur de l’imagination nous aideront à saisir non seulement le « quoi » de l’histoire, mais aussi le « pourquoi », et c’est là une source de satisfaction des plus intenses.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire