lundi 31 juillet 2017

La servante écarlate

Margaret Atwood








  • Broché: 518 pages
  • Editeur : Robert Laffont (6 janvier 2005)
  • Collection : PAVILLONS POCHE
  • Existe en version numérique 
  • Langue : Français
  • Traduction (Anglais) : Sylviane Rue
  • ISBN-10: 2221103769
  • ISBN-13: 978-2221103760







Elles avancent à pas contrôlés, deux par deux le visage dissimulé par un auvent infâme,  déshumanisant, elles qui sont destinées à porter la descendance des élites infertiles. Peu de mots entre elles, la délation menace de mille façons, les cérémonies expiatoires ont valeur d’avertissement et nul ne peut prétendre résister à la torture ( le suicide est la seule prévention pur garantir sa loyauté).

Dans cet univers carcéral, étriqué, au moins pour les Servantes, Defred se livre, envahie par d’innombrables questions (que sont devenus Luke et leur fille, quelle fuite possible, qui l’a précédée dans cette cellule aseptisée dont elle ne sort que pour le rituel du ravitaillement, où est Moïra?). 
L’attente est perpétuelle, celle de la fécondation par le Commandant, celle des informations volées au risque de se perdre, celle du temps qui passe sans repères.

L’atmosphère de cette contre-utopie est glaçante : à côté 1984 passerait pour de la chick-lit (non j’exagère un peu : peut-être suis-je encore plus sensible à ce qui est mis en scène parce que l’héroïne est féminine…). Lutte contre la culture, espionnage permanent, restrictions en tous genre, crimes légitimés, et rituels religieux incontournables : tout y est jusqu’à la nausée. La génération de Defred est sous haute surveillance car c’est la dernière qui a encore le luxe du souvenir, luxe personnel car il est interdit d’y faire référence. 

"Ignorer, ce n'est pas la même chose que l'ignorance. Il faut se donner de la peine pout y arriver."

 Souvenir de la vie d’avant, marquée par la décadence des moeurs,   le racisme,  et la pollution , avec pour corollaire la baisse drastique de la fécondité, avant que  tout bascule et que les femmes soient prises au piège d’une société totalitaire.

C’est superbement écrit, dans un style sobre, en harmonie avec le vide qui entoure la jeune narratrice. Ne pas faire l’économie des notes historiques proposées en fin d’ouvrage. Elles apportent un éclairage nouveau sur ce qu’on vient de lire.

D’autant plus angoissant que les éléments qui déclenchent l’avénement de ce cauchemar nous sont très familiers : ils font régulièrement la une de nos médias et nous vivons sur une poudrière propice à construire un terreau fertile pour les sectes de tous poils , dont la plus violente et la plus armée pourrait remporter la mise. 


Quid de la série?….




L'ordinaire, disait tante Lydia, c'est ce à quoi vous êtes habituées. Ceci peut ne pas vous paraître ordinaire maintenant, mais cela le deviendra après un temps.


*

Ignorer, ce n'est pas la même chose que l'ignorance. il faut se donner la peine pour y arriver.

*

Nous étions des gens dont on ne parle pas dans les journaux. Nous vivions dans les espaces blancs et vides en marge du texte imprimé. Cela nous donnait davantage de liberté.


*

Pour moi ce n'était qu'une histoire. Je pensais que quelqu'un l'avait fabriquée. Je suppose que tous les enfants pensent la même chose de toute histoire antérieure à la leur. Si ce n'est qu'une histoire, cela devient moins effrayant.







Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire