vendredi 15 décembre 2017

Le garçon

Marcus Malte








  • Broché: 544 pages
  • Editeur : ZULMA; Édition : 01 (18 août 2016)
  • Collection : LITTERATURE
  • existe en version numérique
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2843047609
  • ISBN-13: 978-2843047602





Il pourrait être pressenti pour un séjour île déserte, ce roman si polyvalent : aventures, initiation, sentiments, sexe, guerre, philosophie enfin. Si le récit prend place au début du vingtième siècle alors que couve le conflit qui mettra l’Europe à feu et à sang, le contenu est universel et c’est particulièrement adroit de la part de l’auteur de revisiter ces temps à travers le regard naïf d’un témoin muet, qui découvre et interprète le monde au gré de ses rencontres , une fois sorti de l’isolement de ses premières années . Comme une seconde naissance.
La guerre constitue un morceau de bravoure au sein du récit. Elle bouleverse l’ordre établi, fait taire les certitudes, et transformera le garçon à jamais .

« C’est un pays de labours. Un pays de fermes, de villages, de blé, de vignes, de vaches, d’églises. C’est un pays de pis et de saints. C’était. La magie de la guerre. Qui tout transforme, hommes et relief. Mets  un casque sur le crâne d’un boulanger et ça devient un soldat. Mets  un aigle sur son casque et ça devient un ennemi. Sème , plante des graines d’acier dans un champ de betteraves et ça devient un charnier. »

Illusion d’une puissance éphémère :

« Ils sont vaillants, Ils sont pugnaces, ils sont intrépides , ils sont courageux, ils sont valeureux, ils sont tués. On leur érigera des mausolées. On y gravera leurs noms. On commémorera. Puis on oubliera. »

Négation enfin d’une humanité accomplie, au terme d’une évolution de la vie :

« L’homme au bout de la chaîne, soi-disant, celle ancrée au fond des âges et remontée maillon après maillon, ère par ère , depuis l’ infinitésimal eucaryote fermenté dans la soupe primordiale jusqu’à Pasteur penché sur son microscope, en passant par le trilobite, le mammifère, le primate, et puis Socrate, Diogène, Aristote, et puis Dante et Léonard, Copernic, Michel-Ange, Montaigne, Cervantès et Shakespeare, et puis Galilée, Descartes, Racine, Pasca, et puis Mozart, et puis Darwin, et tout ceci pour en arriver là ? »

La mort, mais aussi l’amour, dans ce qu’ils nous offrent de plus pur et de plus cru. L’union des esprits et l’union de la chair. Des pages d’un érotisme profond, libérateur et soutenu par une passion immense.

Si le ton, l’identité toujours floue,  donnent au récit des allures de conte, les chapitres adroitement insérés comme une pause restituant le contexte,  nous ramènent au concret historique, à des événements  qui ont pu passer inaperçus quand ils se sont immiscés dans notre histoire, pour en changer la donne. 


La fin du voyage semble jetée là , en vrac, dans une accélération du temps, comme si tout avait été dit. C’est un peu dommage, car la route fut instructive et passionnante.



Et de grâce faites que le mystère perdure. L’indéchiffrable et l’indicible. Que nul ne sache jamais d’où provient l’émotion qui nous étreint devant la beauté d’un chant, d’un récit, d’un vers.

*

Il n'existe aucune autre créature sur terre, qui puisse s’enorgueillir de mettre autant d'intelligence, autant d'imagination, autant de talents dans la façon d'occire son prochain. Aucune qui consacre autant de temps et de moyens à la destruction de ses propres congénères.

*

Eliminer le maître ne permettra pas d'éliminer les valets que vous êtes. Pourquoi ? Parce qu'un autre aussitôt prendra sa place, et un autre après lui, et encore un autre. Sans fin. Le cycle se poursuivra et la cohorte des valets se perpétuera. Parce que ce qui fait un valet ce n'est pas son maître, ce qui fait un valet c'est son désir de devenir maître. Cela et rien d'autre. Tuer le maître ne serait donc d'aucune utilité, ce qu'il faut c'est tuer, c'est éradiquer le désir de l'être.





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