vendredi 19 janvier 2018

Vies minuscules

Pierre Michon








  • Poche: 248 pages
  • Editeur : Gallimard (26 novembre 1996)
  • Collection : Folio
  • Langue : Anglais, Français
  • ISBN-10: 2070401189
  • ISBN-13: 978-2070401185








Minuscules et précieuses comme des pierres brutes que l’écrin des mots et des phrases cisèle en pierres précieuses. Vies ordinaires de gens ordinaires, magnifiées par la magie de l’écriture. Histoires d’amour, de trahison, d’amitiés et de haine, de celles qui laissent des traces et forgent les destins. 
C’est un sublime hommage à ses ancêtres, ces gens de peu, qui ont tracé les sillons de ce que sera son existence.
La langue est originale, unique, proustienne par la longueur et la complexité de ses phrases, mais fleurant bon le terroir par les particularités du lexique. C’est une réconciliation avec la littérature, dans ce qu’elle a de plus artistique. De celle  écrite avec les tripes. De celle qui se mérite, loin des fadaises des autofictions pourtant couronnées de lauriers médiatiques. 

« Il ne pensait pas vraisemblablement que ce monde fut mauvais, mais au contraire insolemment riche et prodigue, et on ne pouvait répondre à sa richesse quand lui opposant, ou lui ajoutant, une magnificence verbale épuisante et totale, dans un défi toujours recommencer et dont  l’orgueil est  le seul moteur ». 

Tout est là :  la magie du verbe, le pouvoir qu’il confère, la couleur qu’il donne à la nature, ici personnage à part entière , aux sentiments, aux histoires même banales. 

Très belle expérience de lecture, exigence, mais l’effort est à hauteur de la récompense.



Pour lui peut être vrombrissaient les anges, et il tendait l'oreille à leur musique; mais sa bouche n' en commentait pas les paroles d'or et de miel, sa main n'en transcrivait nul verbe d'éblouissante nuit.
Les tilleuls traçaient des ombres cursives, frémissantes, sur sa tête chauve et toujours étonnée; il contemplait ses mains épaises, le ciel, ses mains encore, la nuuit enfin; il se couchait abasourdi.

*

Les choses du passé sont vertigineuses comme l’espace, et leur trace dans la mémoire est déficiente comme les mots : je découvrais qu’on se souvient.

*
j’étais roi d’un peuple de mots, leur esclave et leur pair ; j’étais présent ; le monde s’absentait, les vols noirs du concept recouvraient tout ; alors, sur ces ruines de mica radieuses de mille soleils, mon écriture postiche, virtuelle et souveraine, spectrale mais seule survivante, planait et plongeait, déroulant une interminable bandelette dont j’emmaillotais le cadavre du monde. 






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